Découvrez Astorga – Asturica Augusta – la capitale romaine des Astures

En venant de León par le Chemin de Compostelle, entrez dans Astorga par la Calle Puerta del Sol, tournez à droite en longeant le couvent des Pères Rédemptoristes. Sur votre droite, un toit de verre protège des ruines, ce sont les vestiges d’une villa romaine, la Domus de la Mosaïque de l’ours et des oiseaux, admirez les magnifiques fresques de la fin du IIe siècle après JC, elles représentent une allégorie de l’automne et le mythe d’Orphée. Sous vos pieds, sous les bâtiments qui vous entourent est Asturica Augusta, capitale romaine des Astures.

Las Medulas

Dans cet article, nous espérons étudier un petit peu l’attrait de cette ville pour les Romains et pourquoi vous devriez la visiter!

Comment Asturica Augusta devînt si importante pour les Romains

La conquête de l’Hispanie par les Romains

La zone d'influence de Carthage et ses principales batailles en Ibérie entre 237 et 206 av. J.-C..
La zone d’influence de Carthage et ses principales batailles en Ibérie entre 237 et 206 av. J.-C..

La victoire de Scipion sur Hannibal à l’issu de la seconde guerre punique en 201 av. J-C força Carthage à abandonner toute prétention sur la péninsule ibérique et sans rivale Rome put enfin la conquérir. Mais la conquête complète de l’Hispanie dura plus d’un siècle et ne s’acheva qu’en 19 av. J.-C. après la soumission des peuples de Cantabres et des Astures. Depuis leur engagement au côté d’Hannibal, ces celtes étaient connus comme de farouches soldats.

Pour pacifier cette région,  l’empereur Auguste se déplaça à la tête de 8 légions, 5 troupes auxiliaires et de la flotte romaine, au moins 80 000 hommes. Vaincus, les soldats Astures ou Cantabres, plutôt que d’être esclaves se suicidèrent par le feu, l’épée ou un poison à base d’if. La résistance fut telle que, pendant plus de 70 ans, deux légions furent laissées pour contrôler ce territoire.

Ces dix ans de luttes acharnées permirent aux romains d’établir leur domination et d’exploiter les nombreuses ressources minières de cette province dont les mines de cuivre des Monts Cantabriques, l’étain des Asturies, l’argent et le plomb de Galice et surtout les mines d’or de Las Medulas à côté de Ponferrada.

Asturica Augusta – Le camp de la Legio X Gemina

La Legio X Gemina était une légion de l'armée romaine du Haut-empire. Héritière de la Xe légion de Jules César, c'était sa légion préférée. Le symbole de la légion était le taureau, qui fut l'insigne de toutes les légions enrôlées par Jules César.
La Legio X Gemina était une légion de l’armée romaine du Haut-empire. Le symbole de la légion était le taureau, qui fut l’insigne de toutes les légions enrôlées par Jules César.

Les recherches archéologiques menées dans le sous-sol d’Astorga ont montré que c’était bien sur cette colline que la Legio X Gemina, la légion préférée de Jules César, avait établi son camp à l’issu des « guerres cantabres ». Ce n’est donc que dans la première moitié du Ier siècle que commence le développement urbain de la ville romaine. Vers l’an 40, sont construits des bâtiments privés ou publics comme les thermes, le forum et son temple dédié à Auguste, le tout relié à des réseaux d’égouts et entouré de murailles.

L’emplacement d’Asturica Augusta était stratégique : une colline surplombant un vaste territoire, à la confluence des rivières Jerga et Tuerto, en bordure nord du plateau de la Meseta. De là, les romains surveillaient les monts Cantabriques au nord, les montagnes de León, cultivaient les plaines alluviales tout en contrôlant l’exploitation des mines d’or.

La cité prit vite de l’ampleur et devint un centre de communication important qui, grâce à de nombreuses voies, le reliait aux autres capitales de l’Hispanie romaine.

C’était une ville administrative, lieu de collecte de l’or extrait des mines toutes proches et d’où il était, probablement sous bonne garde, transporté vers Rome.

Las Médulas, une extraordinaire mine d’or !

Si la nature a repris ses droits sur ce site inscrit en 1997 au Patrimoine Mondial de l’humanité, on y comprend comment les romains ont cassé les montagnes pour en extraire l’or. Sur 250 ans, 500 millions de m3 de terre ont été traitées. Chaque tonne donnant trois grammes d’or, cette mine a fourni 1500 tonnes d’or.

Pour abattre ces masses de terre, les romains ont utilisé la force hydraulique : l’eau était captée au moyen de canaux dans de grands réservoirs dans les montagnes, puis lâchée au moment opportun, entraînant la terre vers des lavoirs de  planches garnis de bruyère installés en contrebas où les pépites étaient ramassées.

Las Medulas une mine d'or romaine extraordinaire inscrite en 1997 au Patrimoine Mondial de l'humanité
Las Medulas une mine d’or romaine extraordinaire inscrite en 1997 au Patrimoine Mondial de l’humanité

Un des nombreux points de capture était sur le mont Teleno à 2000 mètres d’altitude, la neige fondue était conduite dans la rivière Calbro puis sept canaux normalisés (largeur 1,28m sauf dans les courbes 1,60m, profondeur 0,90m, pente de 0,6% à 1% – longueur totale 300 km) la déviaient vers les étangs de l’exploitation. L’effet des trombes d’eau provoquant parfois des écroulements, Pline l’ancien appelait cette technique « ruina montium », la ruine des sommets, « il est moins téméraire de chercher des perles et de la pourpre au fond de la mer que tirer de l’or de ces montagnes » et d’ajouter « la soif de l’or est ce qu’il y a de plus dur au monde ».

LAS MEDULAS – 42° 26′ 51.1″ N 6° 48′ 45.2″ O (des bus partent de Ponferrada) – www.turismoleon.org/turismo/las-medulas-como-llegar.php

Le déclin de la mine et par conséquent d’Asturica Augusta

Tout filon s’épuise, avec le déclin de la mine commence celui Asturica Augusta.
En l’an 289 Asturica est intégrée dans la province de Gallaecia. L’abandon des exploitations minières entraînent une réorganisation de la ville qui devient un centre administratif pour le transport des produits agricoles destinés aux armées du Nord. Un nouveau rempart est érigé, longueur 2,2 km épaisseur entre 4 et 5 mètres, il englobe 26 hectares (la Porta Romana en est un des exemples le mieux conservé) signe de l’instabilité des dernières décennies de l’empire.

406 : Les invasions barbares commencent.

410 : Les Suèves envahissent la Gallaecia, et font de Bracara Augusta (Braga) la capitale de leur royaume.

Astorga aujourd’hui

Les fouilles archéologiques, la Ruta Romana

Continuez tout droit, le bâtiment en face, c’est La Ergástula, une grande galerie voûtée  (sorte de tunnel semi-souterrain, d’environ 50 mètres de long, en ciment romain). Elle a servi de prison jusqu’en 1892, mais il s’agirait d’un portique, base de l’un des côtés du forum. Sa construction pourrait remonter à l’an 30 après JC. C’est devenu le Musée Romain de la ville dont la collection présente la vie quotidienne des habitants de la ville romaine à travers les objets trouvés lors des fouilles archéologiques. Le tracé des rues de la ville romaine ne correspond pas à celui de la ville actuelle. Les ruines romaines sont chacune chevauchées par différents bâtiments, et peu sont visibles de l’extérieur, le Musée organise donc une visite guidée appelée la Ruta Romana qui vous emmène sur les principaux sites archéologiques :

RUTA ROMANA – rutaromana@ayuntamientodeastorga.com – Durée: 1h45  – Prix 5 €

Astorga vue du ciel
Astorga vue du ciel. Le carré bleu sur la carte représente l’emplacement du Forum. Calle Louis Braille, vous pouvez observer des ruines à ciel ouvert.
  1. La Domus del Mosaico : la Domus de l’ours et de l’oiseau (accès libre)
  2. La Ergástula : Musée Romain (visite payante)
  3. Aedes Augusti (se visite au coursde la Ruta Romana) : temple destiné au culte impérial et dédié à la mémoire de l’empereur Auguste.
  4. Las cloacas : Egouts romains (se visitent au coursde la Ruta Romana) – La ville romaine évacuait les eaux usées à travers deux réseaux d’égouts dans les rivières Jerga et Tuerto.
  5. Las Termas Menores : Thermes Mineurs (se visitent au coursde la Ruta Romana).
  6. El Foso del Campamento : le Fossé du Camp (se visite au coursde la Ruta Romana) – Vestige du système défensif du camp militaire romain. L’enceinte (en vert sur la carte) se composait de deux fossés en forme de V. Autour de l’an 30 après JC, le développement de la cité rendit inutile le fossé intérieur et un rempart de pierre fut construit. A la fin du IIIe siècle cette première fortification a été abandonnée, le périmètre des remparts a été agrandi (en bleu sur la carte).
  7. Las termas mayores : les Thermes majeurs (ne se visitent pas)
  8. Puerta Romana : la porte romaine (accès libre)

Des romains à Antonio Gaudi

Le temps de tout visiter vous manque ? Continuez, longez le musée sur la gauche, vous arrivez sur une grande place, Plaza Mayor, Plaza España, place de la mairie, au cœur du forum romain. Les siècles passent, les symboles restent. Continuez sur la droite vers le Palais Episcopal (muséedes Chemins de Compostelle) et la Cathédrale Santa Maria. Prenez la route entre ces deux monuments emblématiques de la ville d’Astorga, descendez l’escalier métallique sur votre droite, passez la Porte Romaine, vestige du second rempart romain, l’ensemble des fortifications de la ville ayant été refait au XIIIe siècle.

Le palais épiscopal d'Astorga est un édifice de style moderniste conçu entre 1889 et 1893 par l'architecte espagnol Antoni Gaudí à Astorga en Espagne. Il s'agit d'une des rares œuvres importantes de Gaudí hors de Catalogne.
Le palais épiscopal d’Astorga est un édifice de style moderniste conçu entre 1889 et 1893 par l’architecte espagnol Antoni Gaudí à Astorga en Espagne. Il s’agit d’une des rares œuvres importantes de Gaudí hors de Catalogne.

Installez-vous sur un banc et admirez le génie de Gaudi, cet architecte catalan qui sut, à la fin du XIXe siècle, imaginer à côté d’une muraille médiévale d’origine romaine et une surprenante cathédrale qui synthétise les styles gothiques fleuris, renaissance, baroque, et néoclassicisme, un palais moderniste-néogothique qui semble sortir tout droit d’un conte de fée !

 

Sources

www.asturica.com

fr.wikipedia.org/wiki/Guerres_cantabres

fr.wikipedia.org/wiki/Hispanie_romaine

 

Publié par

Claire Dormont

Certes, je conçois que le Chemin soit avant tout un pèlerinage, et ensuite un très beau circuit touristique. Mais je regrette d’être passée à côté de sites remarquables sans même soupçonner leurs existences ! C’est pourquoi je remercie Utreya Tours de m’ouvrir ce blog dans l’espoir d’inventorier et de présenter les lieux et monuments intéressants sur le Chemin Français de Roncevaux à Saint Jacques de Compostelle.

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