Le Castro de Castromaior : des Celtes sur le Chemin Français ?

Le Castro de Castromaior est un lieu magique, entre Portomarin et Palas de Rey, à gauche après le village éponyme. Une pancarte indique le vieux fort, il y est même précisé que le détour n’est que de quelques centaines de mètres. Et pourtant les lieux, d’accès libre, sont déserts… De ces ruines perchées sur la colline, nous avons une vue panoramique sur la région, en contrebas nous apercevons des pèlerins marcher sur le Chemin, notre regard plonge dans la campagne galicienne sur des kilomètres à la ronde !

Le Castro de Castromaior entre Portomarin et Palas de Rey

Pas de doute, nous sommes dans un de ces castros, villages fortifiés pré-romains spécifiques à une culture du nord ouest de la péninsule ibérique très justement nommée la « culture des castros ». En regardant ces murs de pierres, on se prend à imaginer par qui, comment ce village était habité.

Les recherches archéologiques au Castro de Castromaior.

Ce n’est qu’en 1992 que ce site est inclus dans la liste des sites archéologiques de Galice. En 2006, commencent les fouilles.

Le Castro de Castromaior entre Portomarin et Palas de Rey vu du ciel

Ce fort a été édifié pendant l’âge de fer vers le V siècle avant JC. Il connut son apogée au premier siècle avant JC, puis déclina sous la conquête romaine. Il s’étend sur 43 300 mètres carrés son agencement est complexe, on note un îlot principal tout en haut, presque circulaire, quatre autres à l’est et un à l’ouest, formant des plates formes successives, chacune clairement définie par des murailles, des défenses au sol, des palissades et des fossés.

La culture des castros et les Celtes

Il est généralement admis que la culture des castros commence à se développer à la fin de l’âge du bronze, résultat d’une forte influence culturelle celte sur les populations indigènes. Elle continue son extension jusqu’au IIe siècle av.J.-C. Au contact des Romains, elle subit quelques transformations et disparait au IVe siècle ap. J.-C.

Mais la présence même des celtes est remise en question, le sujet est très sensible :

  • Certains auteurs excluent la péninsule ibérique du monde celtique : faible héritage archéologique, langues vernaculaires celtiques peu attestées, absence de culte druidique.
  • D’autres reconnaissent une expansion de la civilisation de Hallstatt dès le VIIIe siècle av.J.-C., marque possible d’une nouvelle vague humaine venant d’Europe Centrale. Ils distinguent donc 5 groupes de cultures celtes (dont la culture des Castros en Galice où persistent des éléments de l’âge du bronze atlantique).Tous ces groupes indo-européens ont en commun un art de la poterie dit « au peigne » et un armement. Dès -600, des interactions avec la culture ibère créent une séparation avec les autres communautés du continent, qui sera effective vers -400, ce qui expliquerait pourquoi les celtes ibériques n’aient pas connu le druidisme ni la culture de la Tène.
  • D’autres approches plus générales car englobant l’Europe, Jean-Louis Brunaux « Les Celtes, histoire d’un mythe » Jean-Paul Demoule dans « Mais où sont passés les Indo-Européens ? » interrogent la réalité historique de la civilisation celtique avançant que celle-ci existait avant tout dans le regard des Grecs et des Romains, puis des historiens de la Renaissance… et du XIXe siècle…

En fait, la faute en revient aux Romains et plus particulièrement à la Géographie de Strabon (qui était d’origine grecque 64/63 av. J-.C. – 24/25 ap. J.-C.) dont les descriptions des celtes et celtibères ont porté à confusion.

Le débat n’est pas tranché et l’essor contemporain de la mode « celte » l’anime d’une passion toute romantique.

Une certitude : le centre et l’ouest de la péninsule ibérique étaient occupées par des peuplades présentant des similitudes culturelles à l’arrivée des romains. Les termes celtes, celtibères, voire celtes ibériques font généralement référence à ces peuples.

En video Jean-Louis Brunaux vous présente son ouvrage « Les Celtes, histoire d’un mythe » aux éditions Belin.

La « culture des castros »

Cette région, riche en minerais,  plomb, or, fer, cuivre, et surtout en étain (indispensable à la fabrication du bronze), devient dès l’Âge du bronze moyen le centre d’une intense activité minière. La métallurgie est une des caractéristiques de la culture des Castros qui se développe durant l’âge du bronze final (IXe siècle av. J.-C.) et se poursuit à l’âge du fer. Les peuples de Galice et du nord du Portugal fabriquent des bijoux, bracelets et boucles d’oreilles, des armes, épées et poignards, et des outils utilitaires diffusés dans la péninsule et dans le reste de l’Europe. Ces villages fortifiés ont probablement été nécessaires pour se protéger de l’attraction suscitée par les ressources minières.

Leurs habitants pratiquent l’agriculture de céréales (orge et blé) et de légumes (navets et haricots). Ils récoltent des fruits dont les châtaignes, pêchent des poissons, ramassent des coquillages, chassent le cerf et élèvent des vaches, chevaux, porcs, moutons…

Leur panthéon religieux est important et comporte un culte, des cérémonies pour invoquer les forces de la nature.

Le nombre important de castros inventoriés en Asturies, Cantabrie, Galice, Portugal témoigne de l’ampleur de cette civilisation dont les compétences métallurgiques reconnues en Europe attisèrent la convoitise de Rome.

Sources:

castromaior.es

fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_Galice

fr.wikipedia.org/wiki/Culture_des_castros

franceculture.fr/player/emission-concordance-des-temps-les-indo-europeens-realite-eclairante-ou-mythe-dangereux-2015-12-05 Jean-Paul Demoule

mediterranees.net/geographie/strabon/III-1.html

Oú trouver ce Castro?

Google Maps position 42.834102, -7.719725

Province de Lugo, Espagne

A mi-chemin entre Portomarin et Palas de Rei après Gonzar

Publié par

Claire Dormont

Certes, je conçois que le Chemin soit avant tout un pèlerinage, et ensuite un très beau circuit touristique. Mais je regrette d’être passée à côté de sites remarquables sans même soupçonner leurs existences ! C’est pourquoi je remercie Utreya Tours de m’ouvrir ce blog dans l’espoir d’inventorier et de présenter les lieux et monuments intéressants sur le Chemin Français de Roncevaux à Saint Jacques de Compostelle.

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